Chapitre 1

Diane était seule, dans sa chambre. Elle fumait à son balcon. La nuit venait de tomber et un vent frais caressait sa peau.
Elle s'émerveillait, en vain, devant les inexistantes étoiles du ciel parisien. Si elle le pouvait, elle s'envolerait, loin de toute cette vie si pesante. Trop de questions l'envahissaient.
Non, stop.
Elle était là, à tirer sur sa Lucky et ce n'était pas pour rien. Qu'est-ce que cela la soulageait... Faire le vide autour d'elle et chasser ses mauvais souvenirs.
A vrai dire, cela ne faisait que six mois. Six mois dans une vie, ce n'est rien. En six mois, tu peux guérrir puis les six prochains mois replonger. C'est ça être une camée.

# Posté le mardi 15 mai 2007 08:05

Modifié le mercredi 19 septembre 2007 15:54

Chapitre 2

Il était quatre heures du matin, ou peut-être cinq. En fait, cela n'avait aucune importane véritable. Une vingtaine de personnes étaient affalées les unes sur les autres, au milieu du salon frais. En effet, six fenêtres de la pièce étaient grandes ouvrtes, et la porte était restée entre-ouverte. Sans doute les aller et venues. On entendait des gémissements plus ou moins forts. des voix lointaines parcouraient les murs sombres de l'appartement.
Phil apparut dans le salon, observant les alentours de ses yeux rouges.
"C'est quoi ce putain de bordel les mecs?"
Il criait mais pourtant personne ne réagissait. Tous restaient immobiles et silencieux.
"Mais bordel, vous allez répondre bande de tooz'!"
On percevait dans sa voix une haine immense.
"Hé mec. Calme-toi. Ils dorment." dit Yxo.
Yxo n'était en fait qu'un surnom. Ici, personne ne se faisait appeler par son vrai prénom. C'était comme ça, le rite. D'ailleurs, on ne se souvenait même pas des prénomes d'origine. Exceté pour Diane, qui avait eu le droit de garder son vrai prénom.
Phil regarda Yxo, les yeux équarquillés.
"Mais putain, lâche-moi toi. T'es trop lourd, quoi. Dégage."
"Ouais man, t'es totalement fait. Va te coucher, 'vaut mieux pour ta réputation, genre."
Phil s'asseya et regarda une fois de plus autour de lui. Il semblait chercher quelqu'un, du moins, quelquechose lui manquait. Il était perdu dans cette grande pièce, noire.
Soudain, une personne vint derrière lui et cacha les yeux de Phil avec ses mains.
"Qui est-ce?" résonna une voix sensuelle et féminine.
Sans rien dire, Phil se retourna, les yeux clos. Il chercha des mains le visage de la jeune fille puis il posa délicatement son indexe de la main droite sur les lèvres féminines. Il s'approcha lentement et embrassa cette bouche volupteuse.
"Qu'est-ce que je l'aime, oh qu'est-ce que je l'aime..." se répétait Phil dans sa tête.
Il s'embrassèrent durant deux longues minutes. Yeux toujours fermés, Phil caressait le coup de la jeune fille.
S'ils pouvaient rester ainsi toute leur vie, et s'éteindre, cela serait leur plus beau rêve.
Une fois leur baiser terminé, Phil ouvrit les yeux et approcha sa tête le plus près possible de celle de Diane.
Diane était une fille âgée de seize ans, tandis que Phil atteignait déjà les vingt ans. Mais de l'âge, tous deux s'en moquaient.
Cela faisait déjà sept mois que Phil avait rencontré iane, lors d'une soirée totalement "naze" selon ses mots. Mais une soirée pourtant magnifiques car c'est là qu'il avait rencontré un ange, son ange.
Et depuis, sa vie avait pris un sens. Autrefois, il était ce mec, totalement insesible et insouciant, vivant pour ses shoots et sa weed. il n'avait jamais connu l'Amour. Les filles étaient pour lui que de la chair à baiser, et rien d'autre. Il avait couché avec tant de nanas qu'il était même incapable de s'en souvenir au moins d'une. Mais depuis cette fameuse soirée, il ne couchait qu'avec une seule fille, pour la premièere fois de sa vie. ou plutôt il faisait l'amour.
Bien que l'amour les aveuglait, leur vie ne se résumait pas qu'à une simple histoire d'amour ordinaire. Non, loin de cela. Il s'agissait d'une véritable passion, un amour platonique d'une intensité si forte que les mots ne peuvent pas décrire cet amour.
Ils partageaient tout.
Diane s'était laissée entraîner par Phil et elle ne dépendait plus que de lui. Il était tout pour elle. Elle avait tout lâcher pour lui. En effet, elle était en fugue depuis plus de cinq mois.
deux mois après leur rencontre, elle vait tout jeté en l'air: ses amis,les cours, sa famille. A quinze ans, elle n'avait plus d'avenir.
Son avenir, c'était Phil.
désormais, elle faisait tout ce que faisait Phil et c'est ainsi qu'elle tomba dans l'alcool et la drogue.
Auparavant, Diane était une adolescante de tout ce qui avait de plus banal. Une élève assez studieuse, sans soucis, qui sortait deux samedi par mois pour dormir chez une amie et faire des soirées pyjamas, entre filles.
Mais tout avait changé maintenant. Diane n'était plus Diane. Elle était SA Diane. "SA" changeait tout. Ce pronom représentait tout. Son amour pour Phil et sa nouvelle identité de camée, comme tous les autres. Ces autres, affalés dans la pièce.
Phil murmura à Diane, yeux dans les yeux, qu'il l'aimait. Qu'il ne vivait que pour elle.
"Diane, je t'aime. Je suis amoureux de toi. Tu est tout pour moi. Tu es à moi. Je suis à toi. Il n'y a que cela qui compte. Ne l'oublie jamais. Plus tard, on s'en sera sortis de cette putain de vie. On aura notre appart' tranquille à nous, des gosses. Je bosserai pour toi, pour nous et je gagnerai assez pour t'acheter de beaux fringues. On sera beaux, crois-moi. On sera heureux."
Diane le regarda intensément. Si son coeur le pouvait, il aurait éclaté à ce moment-même.
Elle l'aimait tant, son Phil. Elle l'aimera toujours, toute sa vie.
Ils s'allongèrent à leur tout sur la moquette du salon. Il faisait froid, mais les amoureux s'en foutaient. Ils s'aimaient, et rien d'autre ne comptait.
Ils s'endormirent, alors que l'aurore commençait à voir le jour.

# Posté le mardi 15 mai 2007 08:44

Modifié le mercredi 19 septembre 2007 15:53

Chapitre 3

Françoise se réveilla: il était sept heures du matin. Le train-train habituel commençait. Son mari Bernard, qu'elle avait épousé il y a plus de vingt ans, était déjà parti. Il était à une heure et demi de son lieu de travail, en transports en commun.
Françoise se leva donc, comme d'habitude, comme tous ces jours de ces longues semaines. Une lassitude de plus en plus grande s'éprenait d'elle. Les rayons de soleil, encore timides mais bien présents, ne la faisaient même plus sourire, comme avant.
Avant.
avanat sa vie était toute autre. Elle éait heureuse, réellement. elle s'intéressait à tout et comptait les jours en hiver, en attendant les beaux jours où le soleil se levera plus tôt et où il se couchera plus tard. mais aujourd'hui, Françoise était lasse. Elle ressemblait à ces femmes de cinquante ans qui n'étaientpas satisfaites de leur ménage et regrettaient d'avoir sacrifié leur vie pour leur mari, leurs enfants. Et c'était ce qu'e'lle était.
Ah, les enfants.
Qu'est-ce qu'elle se sentait idiote. Pourquoi avait-elle épousé ce mari, cet homme, qu'elle n'aimait plus. Elle ne l'avait peut-êre jamais aimé d'ailleurs. Mais elle était âgée de vingt cinq ans àl'époque, bernard était fou d'elle. Elle s'était convaincue de l'aimer aussi, le jour où il lui offrit une bague de fiançailles.
La radio criait dans la cuisine. C'était les informations du matin, sur France Inter: "Demain a lieu la passation de pouvoir entre l'Ancien Président Jacques Chirac et le nouveau président de la république française, Nicolas Sarkozy. La cérémonie a lieu à dix heures et..." Françoise n'écoutait pas. Elle s'en moquait. Si elle poyvait partir de ce semblant de fiyer, elle n'hésiterait pas. Mais au fond, qu'est-ce qui le lui empêchait? Elle n'amait plus bernard. Et ses enfants étaient assez grands pour s'occuper d'eux-mêmes. Persone n'avait besoin d'elle, non, personne.
fraçoise avait eu trois enfants: Emilie, âgée de vingt-six ans et Nicolas, de vingt deux ans. Ah, et aussi Diane. Mais elle... ele n'existait plus. Elle avait seize ans, mais voilà onze mois, onze longs mois qu'elle ne l'avait pas vue. Aucune nouvelles, rien. Elle avait disparu. En vérité, elle avait fugué.
C'était en novembre. Elle était enhtrée en première littéraire. Mais Françoise savait que sa fille n'était plus la même, qu'ele avait changé. Elle ne travaillait plus du tout en classe, et ne ramenait que des 2 ou des 5 sur 20.
Un soir, elle n'est pas revenue du lycée. Il était vingt heures, et aucune nouvelles. bernard et Fraçoise étaient morts d'inquiétude et commencèrent à appeler les amis de Diane. mais ils ne savaient rien. en fait, Diane n'avait plus d'amis au lycée. Elle les avait tous rénié. Deux jours plus tard, toujours aucun signe. la police était au courant et pensait à une fugue. Le lendemain, les parents reçurent une lettre de leur fille. Une lettre courte et objective.
"Je pars. Je m'en vais de cette vie chiante à laquelle vous m'aviez destiné. je n'en veux pas. Je ne veux pas de votre argent, de votre amour. J'ai trouvé mieux. Phil. Lui, il sait m'aimer. Il me donne tout. Et cela dure depuis sept mois.
n'essayez pas de me retrouver.
je vous déteste.
A jamais, j'espère."
A la lecture de cette lettre, Françoise s'était mise àpleurer. Elle ne pouvait plus s'arrêter. sa fille, qu'elle avait tant gâté, la détestait. Pourquoi? Françoise avait donné quinze ans de sa viepour une fille ingrate? tout cela était injuste. Quelle vie de merde.
Dès lors, elle ne pouvait plus regarder son mari en face. Elle lui en voulait. Tout ça, c'tait de sa faute. S'il avait été plus autoritaire et avait assumé son rôle de père de famille, Diane n'aurait jamais fugué.
Françoise et benard faisaient chambre à part. Françoise couchait désormais dans la chambre de Diane. Ils ne s'aimaient plus de toute façon. Le divorce montait de plus en plus à la tête de Françoise. Il ne serait tarder...
Un café. Noir. deux sucres. et puis, la salle de bain. Sans doute le seul bon moment de sajournée:la douche. françoise était seule et se relaxait. Elle prenait soin d'elle, pendant quinze courtes minutes. L'eau chaude la massait et lui réchauffait ce coeur trop fragile et brisé. Qu'est-ce que cela faisait du bien...
trente minutes plus atrd, elle était dans son bus. elle prenait le 95, à Porte de Vanves. La famille Richard vivait depuis toujours à Malakoff, dans la banlieue sud de paris. Françoise travaillait à la mairie de paris du quinzième arrondissement. Elle aimait son travail. Au moins, elle ne pensait plus à cette vie si ennuyeuse qu'elle menait depuis onze mois.
Bientôt, elle partirait. Loin. Loin...

# Posté le mardi 15 mai 2007 14:54

Modifié le mercredi 19 septembre 2007 15:53

Chapitre 4

Le soleil brillait dans la pièce. Il y mettait un peu de couleurs dans ce tombeau de vivants.
Diane remua et commença à ouvrir les yeux. Elle bailla et voulut se rendormir. Mais elle n'y parvint pas. Quelquechose l'en empêchait. Mais quoi?
Phil dormait encore, comme tous les autres.
La jeune fille le fixa du regard. Elle ressentit pour la première fois depuis qu'ils sortaient ensemble un sentiment d'amertume. Elle repensait à sa vie, d'avant. Au fond, elle devinait ce qui l'empêchait de dormir encore. C'était ça, oui. Sa vie d'avant.
Pourquoi a-t-elle pu tout lâcher, comme ça? Sa famille, mais surtout ses meilleures amies. Elles ne lui avaient rien fait. Et elle l'aimaient. Elles ont toujours été là pour elle. Mais non, elle, elle les avait abandonnées, si lâchement. Mais pourquoi?
P-O-U-R-Q-U-O-I?
Elles se connaissaient depuis toujours, elles partageaient tout ensemble.
Sa Eve. Sa Marie...
Mais sept mois, c'est long. Trop long. Elles lui manquaient... Mais Diane ne pouvait pas les voir. Phil le lui avait interdit. Il fallait tout oublier de sa vie d'auparavant. Pour reconstruire quelquechose d'autre.
La seule personne dont elle avait besoin, c'était Phil.
Et Jane aussi. Phil l'avait acceptée.
Jane, de son vrai nom Mathi, était une fille de tout juste quinze ans. Une camée, elle aussi. Elles s'étaient rencontrées par des amis d'amis de Phil. Tout de suite, elles s'étaient aimées. Dès le premier regard. Elles se comprenaient toutes les deux. Elles vivaient un peu la même chose.
Jane aussi était tombée dans la drogue, mais surtout l'ecsta. C'était la même histoire: rencontre d'un mec, Yxo, le meilleure ami de Phil. Il avait dix-neuf ans. Jane avait elle aussi tout plaqué.
C'est sans doute cela qui les avait rapprochées. Sans Jane, Diane ne tiendrait pas. Bien sûr qu'elle aimait Phil, comme personne d'autre, mais Diane avait besoin d'une amitié. De partager des fous rires avec une fille.
Jane, c'était sa fille. La fille qu'elle aimait.
Et personne ne la remplacerait. Elle avait pris presque autant d'importance que ses meilleures amies.
Mais Elles, Elles n'étaient plus là. Et c'est à ce moment précis que Diane se rendit compte qu'elle en crevait chaque jour.
Heureusement que sa fille était là, toujours présente. Elle ne pourrait pas sans elle. Elle lui confiait tout, y compris ce qu'elle ne pouvait pas dire à propos de ses envies de retrouver son passé. Cela, elle ne pouvait le révèler à Phil, il fallait bien qu'elle le dise à une personne...
Mais Diane arrêta de penser à tout cela: il lui fallait prendre sa dose. Elle alla dans la salle de bain et sortit de sa poche son shoot. Elle s'installa par-terre, comme à son habitude.
Snif. Snif.
Les deux premiers shoots étaient les meilleurs de la journée. Son passé ne la rattrapait plus: elle s'en foutait maintenant. Elle planait. Qu'est-ce que c'est beau... Elle s'allongea sur les carreaux froids et regarda le plafond. Elle sourit bêtement et se mit à rire.
Tout ce qui l'importait désormais, c'était sa drogue, sa dose. Phil, elle s'en tappait.

# Posté le mardi 15 mai 2007 17:23

Modifié le mercredi 19 septembre 2007 15:53

Chapitre 5

Elle ne savait plus qui elle était réellement. Elle n'avait que seize ans mais elle en avait déjà tant vécu. On ne dirait pas comme cela, sous ses airs d'innocente, mais une simple jeune fille n'est pas une simple jeune fille. Toutes cachent en elles des peines immenses, ces souffrances qui ne cicatrisent pas. Qui semblent disparaître quelquefois, elles croient même qu'elles s'effacent totalement. Mais c'est faux. Un jour ou l'autre, tout revient. Et ces filles sont encore plus perdues que jamais, et craquent de cette trop grande maturité.
Et Diane faisait partie de ces filles.
A seize ans, elle avait tout fait, ou presque. Elle avait tout testé, elle avait fait endurer tant de choses à son propre corps. Et tout cela, en à peine an. Un an d'amour avec Phil certes, mais un an de gâchis total. Heureusement que tout était finit...
Shoot, taz, rail, splif.
Lames, toilettes, rasoirs, toilettes.
Sexe. Oh oui, du sexe. Ces actes qui ne sont même plus des actes d'amour. Des actes purement sexuels, à la limite de la violence. Durant les sept mois vécus avec Phil, elle avait couchait avec tant de mecs qu'elle ne s'en rappelait pas. Elle le trompait, tout le monde le savait, sauf Phil. Pourtant, elle n'aimait que lui. Mais en échange de son corps, ces "mecs", âgés de dix-huit à plus de cinquante ans, lui donnaient sa dose d'H.
Etait-ce réellement une vie?
A la fin de sa relation avec Phil, elle ne ressemblait plus à cette jolie jeune fille enthousiaste. Dans le miroir, elle ne se reconnaissait plus.
Ce n'était pas elle.
Ce n'était plus elle.
Elle qui était châtain doré aux reflets roux coupés carrés, elle avait désormais de longs cheveux noirs teints, reflet de son âme...
Ses grands yeux bleus tâchés de vert et de gris étaient cachés par sa grande frange et par des cernes qui lui tombaient jusqu'à ses pommettes pâles.
Elle qui respirait autrefois la gaité et le bon air, elle ne sentait plus que la mort. C'était un squelette, vu qu'elle ne se nourissait même plus...
Mais aujourd'hui, elle avait repris des couleurs. Ses joues avaient rosi et elle avait repris un poids normal. Cependant, la drogue se lisait toujours sur ses lourdes paupières...
Tout était encore là, loin d'être cicatrisé.Il lui faudrait dix à quinze ans pour être totalement guerrie. Mais là, elle s'en était tout de même un peu sortie. Après tout, cela faisait six mois qu'elle ne s'était pas piquée.
Elle jeta son filtre et ferma la fenêtre. Il lui restait une heure à tuer avant le dîner. Ils l'appelleraient sans doute bientôt pour une visite chez la psychologue ou l'éducateur.
Super.
Mais au moins, elle n'était plus seule. Elle était encadrée. Et Elles étaients là. Elles étaient revenues, elles s'étaient retrouvées. Elles lui avaient tout pardonné, Eve et Marie.

# Posté le jeudi 24 mai 2007 04:38

Modifié le mercredi 19 septembre 2007 15:53